Saison 1 · Épisode 5

Le voyage scolaire

La classe de Léa prépare quelques jours loin de la maison. Hébergement, repas, pique-niques et petit-déjeuner : cette fois, impossible de tout vérifier au dernier moment.

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Épisode 5 · environ 8 min de lecture

Lundi, 8 h 14. La professeure principale posa une pile de feuilles sur son bureau.

— Bon. J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Toute la classe se tut.

— La bonne nouvelle : le voyage scolaire est confirmé.

Explosion immédiate. — OUIIIII !

Emma se retourna vers Léa. — On dort dans la même chambre ?

— Attends, laisse-la annoncer la mauvaise nouvelle.

La professeure leva la main. — La mauvaise nouvelle : vous allez devoir remplir quatre pages de documents.

Nino aurait probablement considéré cela comme une raison suffisante pour annuler le voyage. Emma, elle, avait déjà commencé à lire le programme.

Trois jours en Provence. Musée. Randonnée. Visite d’un village. Deux nuits dans un centre d’hébergement.

Léa sourit. Puis elle arriva à la ligne : Repas compris : petit-déjeuner, déjeuner, dîner et pique-niques.

Son sourire ralentit légèrement.

Emma le remarqua. — Quoi ?

— Ça.

— Les repas ?

— Oui.

Depuis quelques semaines, Léa avait appris à gérer la cantine, un anniversaire et même son premier restaurant. Mais jusque-là, elle rentrait toujours chez elle le soir. Cette fois, sa cuisine serait à plus de cent kilomètres.

Le conseil de famille

Le soir, les quatre feuilles étaient étalées sur la table. Thomas lisait le programme. — Franchement, ça a l’air génial.

Nino, debout sur sa chaise, protesta immédiatement. — Pourquoi elle part et pas moi ?

— Parce que tu n’es pas dans sa classe, répondit Léa.

— C’est discriminatoire.

Claire attrapa la fiche concernant les repas. — Avant de signer, on va appeler le centre.

Léa soupira. — Je savais qu’on allait faire ça.

— Et vous allez faire quoi ? demanda Nino.

Thomas prit une voix extrêmement sérieuse. — Une enquête internationale.

— Thomas…

— Très bien. Un coup de téléphone.

Claire nota les questions : menus, cuisine, préparation, petit-déjeuner, pique-niques, contamination croisée.

— On ne va quand même pas leur poser cinquante questions ?

Claire releva la tête. — Non. Juste celles qui permettent de savoir si tu peux manger en sécurité.

Ce n’était pas demander un traitement spécial. C’était simplement préparer son voyage.

L’appel

Le lendemain, Thomas téléphona au centre d’hébergement. Il expliqua que Léa était cœliaque et devait suivre une alimentation strictement sans gluten.

La personne au téléphone connaissait le problème. Des repas sans gluten pouvaient être prévus et certains éléments préparés séparément. En revanche, le buffet du petit-déjeuner demandait davantage de vigilance : pain, grille-pain, viennoiseries et céréales étaient utilisés par tout le monde.

Pour les pique-niques, le centre pouvait préparer un sac individuel fermé. Pour le dîner, Léa devrait simplement se signaler au personnel.

Quand il raccrocha, Léa demanda : — Alors ?

Thomas prit un air catastrophé. — Malheureusement…

— Papa.

— …tu vas devoir partir trois jours avec Emma.

— Très drôle.

— Les repas sont prévus. Mais pour le petit-déjeuner, on va préparer quelques trucs de secours.

Claire ajouta : — Et tu gardes toujours une petite réserve dans ton sac.

Nino leva la main. — Moi aussi je peux avoir une réserve ?

— Toi, tu as un placard entier, répondit Léa.

Le kit

La veille du départ, Claire posa plusieurs choses sur le lit : biscuits sans gluten, deux barres de céréales, quelques portions emballées, une petite fiche expliquant la maladie cœliaque et la carte que Léa gardait désormais dans son portefeuille.

— Maman, je pars trois jours, pas six mois.

Claire ajouta une dernière barre. — Justement.

Thomas passa devant la porte. — Ta mère prépare une expédition polaire.

— J’ai entendu.

Léa rangea le tout dans son sac à dos. Elle hésita, puis ajouta son carnet : Ma carte du monde sans gluten.

Le départ

Mercredi, 7 h 02. Devant le collège, les valises formaient une montagne.

Nino avait insisté pour accompagner Léa. — Tu vas me manquer.

— Moi aussi.

— Tu peux me ramener quelque chose ?

— Voilà. Ça, c’est déjà plus crédible.

Emma arriva avec une énorme valise. Léa la regarda. — On part trois jours.

— Je sais.

— Tu as mis quoi là-dedans ?

— Le nécessaire.

— Tu as emporté ta maison ?

Pour la première fois depuis son diagnostic, elle partait plusieurs jours sans ses parents. Elle était excitée. Et, quelque part sous l’excitation, légèrement inquiète.

Le premier repas

À midi, le groupe s’arrêta sur une aire aménagée. Les professeurs distribuèrent les pique-niques. Puis l’un d’eux appela : — Léa ?

Un sac fermé portait son prénom et la mention SANS GLUTEN. Sandwich emballé séparément, compote, fruit et biscuit.

Emma regarda son propre sandwich. Puis celui de Léa. — Le tien a l’air meilleur.

— C’est une constante dans ma nouvelle vie.

Un garçon de la classe, Mathis, regarda l’étiquette. — T’es allergique ?

Léa hésita. — Non. Je suis cœliaque.

— C’est quoi ?

— Une maladie qui fait que je dois éviter complètement le gluten. Même les contaminations.

Mathis hocha la tête. — Ah, OK. Puis il reprit son sandwich.

Léa regarda Emma. — J’avais préparé mentalement une conférence de vingt minutes.

— Garde-la pour demain.

Le buffet du matin

Le lendemain, le petit-déjeuner ressemblait exactement à ce que Thomas avait décrit : corbeilles de pain, viennoiseries, grille-pain, céréales, confitures. Et des miettes. Beaucoup de miettes.

Léa demanda à un membre du personnel où se trouvaient les produits prévus pour elle. Quelques minutes plus tard, on lui apporta un plateau préparé à part : pain emballé, beurre individuel, yaourt, fruit et boisson.

Emma arriva avec son plateau. — Mission accomplie ?

— Mission accomplie.

Un garçon passa derrière elles avec une tartine. Quelques miettes tombèrent sur la table. Emma déplaça immédiatement le plateau de Léa. — Attention.

Léa la regarda. — Tu deviens forte.

— Je suis niveau 4 en miettes.

Le deuxième soir

Après une journée de marche, tout le monde était épuisé. Au dîner, le cuisinier sortit de la cuisine. — C’est toi, Léa ?

Elle leva la main. — Oui.

— On t’a préparé ton plat séparément.

Léa sourit. — Merci beaucoup.

Ce n’était qu’une assiette. Mais derrière cette assiette, quelqu’un avait lu une fiche, retenu son prénom et pris quelques précautions. Et ça changeait tout.

Le retour

Dans le car, Emma dormait contre la vitre. Léa ouvrit son carnet.

Trois jours plus tôt, elle avait eu peur de devoir tout contrôler elle-même. Finalement, elle avait compris autre chose. Elle devait poser des questions, prévoir quelques solutions de secours et rester attentive. Mais elle pouvait aussi faire confiance aux personnes qui avaient pris le temps de comprendre.

Elle regarda les photos sur son téléphone : la randonnée, Emma avec une casquette ridicule, Mathis devant le musée, le village, le pique-nique. Presque aucune photo de nourriture. Léa sourit. C’était probablement le meilleur signe.

Le carnet

Le carnet de Léa

Ma carte du monde sans gluten — Nouvelle étape : partir sans mes parents

Ce que je retiens :
• prévenir suffisamment tôt ;
• expliquer clairement que je suis cœliaque ;
• demander comment les repas sont préparés ;
• vérifier les buffets et les ustensiles partagés ;
• garder quelques aliments de secours.

« J’avais peur de passer trois jours à penser au gluten. En réalité, j’ai surtout pensé à mes amis, aux visites et à tout ce qu’on faisait. »

« Être préparée ne m’empêche pas d’être libre. Ça m’aide à l’être. »

Illustration de Léa devant le car de son voyage scolaire, prête à partir avec sa classe.