Les Sans Gluten · Saison 1

La rentrée sans miettes

Parfois, une rentrée ne change pas seulement de classe, de professeur ou d’emploi du temps. Pour Léa, cette rentrée allait changer sa façon de regarder une assiette.

Léa et sa famille dans la cuisine, illustration de l’épisode 1
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Épisode 1 · environ 7 min de lecture

Le réveil sonna à 6 h 47. Pas 6 h 45. 6 h 47. Léa avait décidé que deux minutes supplémentaires de sommeil étaient exactement ce dont elle avait besoin pour affronter sa rentrée en quatrième. Elle tendit le bras hors de la couette, chercha son téléphone à tâtons et coupa l’alarme. Puis elle se souvint.

Depuis quelques jours, un nouveau mot s’était installé dans la maison : sans gluten. Il était partout : dans les conversations, sur les paquets de nourriture, dans les recherches de sa mère, et même sur trois boîtes posées au milieu de la cuisine que son père avait achetées la veille.

Léa descendit. Son petit frère Nino était déjà assis à table. — Maman, demanda-t-il très sérieusement, est-ce que le chocolat a du gluten ? Claire posa son café. — Ça dépend du chocolat. Nino plissa les yeux. — Et les bonbons ? — Ça dépend. — Les chips ? — Ça dépend. — Les glaces ? Claire soupira. — Ça dépend aussi. Nino regarda Léa entrer dans la cuisine. — Franchement, ton truc est compliqué. — Merci Nino.

Thomas, leur père, arriva triomphalement avec un paquet à la main. — Heureusement, moi j’ai compris. Claire leva un sourcil. Cela n’annonçait généralement rien de bon. Thomas posa fièrement son achat sur la table. — Pâtes de maïs et de riz. Sans gluten ! — Très bien, dit Claire. — Tu vois ! Puis il attrapa la baguette posée près de lui, la coupa en deux au-dessus de la table et envoya une magnifique pluie de miettes sur le paquet de pâtes.

Claire ferma les yeux. Léa regarda Thomas, qui regarda les miettes, puis le paquet, puis Claire. — Quoi ? Il comprit. — Ah. Nino éclata de rire. — Papa, je crois que t’as encore raté un niveau. Pour la première fois depuis plusieurs jours, Léa sourit vraiment.

Trois jours plus tôt

Tout avait commencé dans un cabinet médical. Léa se souvenait surtout du fauteuil beaucoup trop grand, du bruit de la climatisation et de sa mère qui serrait son sac contre elle. Le médecin avait parlé longtemps : examens, résultats, alimentation, précautions… et ce mot qui revenait sans cesse : gluten. Léa n’avait retenu qu’une phrase : « Il va falloir supprimer le gluten de ton alimentation. »

Elle avait immédiatement pensé à trois choses : les pizzas avec Emma, les anniversaires et les croissants du dimanche matin. — Pour combien de temps ? avait-elle demandé. Le médecin avait regardé sa mère avant de répondre : — Ce n’est pas un régime temporaire. À cet instant précis, Léa avait eu l’impression qu’on venait de déplacer les murs de la pièce. Depuis, tout le monde autour d’elle essayait de lui expliquer ce qu’elle pouvait encore manger, mais elle ne voyait que ce qu’elle ne pouvait plus manger.

La mission petit-déjeuner

Claire avait préparé une partie de la cuisine spécialement pour elle : produits rangés séparément, nouvelle planche à découper, grille-pain remplacé. Thomas avait même demandé s’il fallait changer le réfrigérateur. Claire lui avait répondu de ne plus prendre d’initiative avant son deuxième café. Ce matin-là, devant Léa, il y avait du pain sans gluten légèrement grillé, du beurre, de la confiture et un bol de fruits. Elle observa la tranche, la toucha, la sentit. Nino la regardait comme s’il assistait à une expérience scientifique.

— Alors ? Léa mordit dedans. Tout le monde attendit. Elle mâcha. — Eh ben… — Oui ? — C’est du pain. — C’était l’objectif. Claire sourit. Quelque chose se détendit légèrement dans la pièce. Peut-être que tout n’allait pas forcément être mauvais.

Le vrai problème

Le problème n’était pas le petit-déjeuner. C’était midi. La cantine. Léa y pensa pendant tout le trajet jusqu’au collège. Devant le portail, Emma l’attendait et arriva en courant. — LÉAAAA ! Pendant cinq minutes, tout redevint normal. Puis Emma demanda : — On mange ensemble ce midi ? Léa ralentit. — Je sais pas. — Pourquoi ? — J’ai appris un truc pendant les vacances… je dois manger sans gluten maintenant.

Emma réfléchit. — C’est quoi exactement, le gluten ? Léa haussa les épaules. — Si tu veux, ma mère peut te faire un exposé de quatre heures. Emma sourit. — Mais ça veut dire que tu peux plus manger de pizza ? Voilà. La fameuse question. Celle que Léa redoutait. — Pas n’importe laquelle. — D’accord. — C’est tout ? — Ben oui. On trouvera celles que tu peux manger. Dans sa tête, Léa avait imaginé cette conversation vingt fois. Jamais elle n’avait imaginé qu’elle puisse être aussi simple.

À la cantine

À midi, la file avançait : plateaux, verres, couverts, pain, sauce, pâtes. Léa regardait tout différemment. Avant, elle choisissait ce qu’elle avait envie de manger. Maintenant, elle regardait les plats en se demandant : Est-ce que je peux ? Une personne de la cantine vint lui parler. Sa situation avait été signalée et une solution avait été prévue. Tout n’était pas parfait, tout n’était pas encore naturel, mais elle mangea.

À côté d’elle, Emma racontait une histoire complètement absurde sur leur professeur d’anglais. Pendant quelques minutes, Léa oublia de regarder son assiette. C’était peut-être ça qui lui manquait depuis trois jours : oublier. Pas oublier les précautions ni ce qu’elle devait éviter. Juste oublier, parfois, qu’elle était différente.

Le soir

Lorsqu’elle rentra chez elle, Claire était prête. — Alors ? — Ça va. — Tu as pu manger ? — Oui. — Ils ont bien fait attention ? — Maman… — D’accord. Thomas passa la tête depuis la cuisine. — Aucun accident de baguette aujourd’hui. — Bravo papa. Puis Nino arriva avec un petit cahier. — J’ai fait une liste. — Une liste de quoi ?

Il ouvrit son cahier. Sur la première page, il avait écrit avec des lettres énormes : TRUCS QUE LÉA PEUT MANGER. Dessous : riz, pommes de terre, chocolat « ça dépend », glaces « ça dépend », bonbons « encore ça dépend ». Léa éclata de rire, prit le crayon de Nino et barra le titre. — Hé ! À la place, elle écrivit : Tout ce qu’il me reste à découvrir.

Depuis trois jours, tout le monde lui donnait des listes d’interdictions. Et si elle faisait l’inverse ? Une liste des aliments, des recettes, des restaurants, des endroits où elle pourrait manger sans avoir peur, des voyages, des personnes, des astuces. Elle dessina maladroitement une carte de France. Thomas se pencha au-dessus de son épaule. — C’est la Corse, ça ? — C’est la Bretagne. — Ah oui. — Papa, va-t’en.

Elle écrivit sur la couverture : Ma carte du monde sans gluten. Puis, en dessous : Septembre — Première règle : ne pas commencer par tout ce que je ne peux plus manger. Commencer par découvrir tout ce que je peux encore manger.

Léa referma le carnet. Elle ne le savait pas encore, mais au cours des dix prochains mois, ce petit cahier allait l’emmener beaucoup plus loin qu’elle ne pouvait l’imaginer : dans des restaurants, dans des cuisines, dans de nouvelles villes, à la rencontre de gens qui avaient vécu exactement les mêmes moments qu’elle. Et même vers quelques endroits où elle pourrait commander quelque chose qu’elle pensait avoir perdu pour toujours. Mais ça… c’est une autre histoire.

Le carnet de Léa

Découverte n°1

Vivre sans gluten ne signifie pas seulement apprendre une liste d’aliments interdits. Cela signifie aussi apprendre à lire les étiquettes, à poser des questions et à éviter les contaminations croisées.

📍 Maison — Jour 1
« Aujourd’hui, j’ai arrêté de faire la liste de ce que je perdais. J’ai commencé celle de ce que j’allais découvrir. »